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24 avril 2006

Jean-Marie Gustave Le Clézio

Ce n’est pas normal.
Il faut que cette rencontre ait lieu.

- Quoi ? Tu n’as jamais lu Le Clézio ?
- Si, si, j’ai lu l’Africain, qu’on m’avait offert.
- Et tu n’as pas aimé ?
- Ben… ça m’a un peu ennuyée, je ne sais pas trop pourquoi. J’ai eu l’impression de… comment dire ? Un bon petit plat mais auquel il manquerait un ingrédient. Ou peut-être au contraire un tas de bons ingrédients mais composant un plat fade.


...

Alors quand je suis tombée sur son premier roman dans le carton d’un vide-grenier (édition originale, ces livres qu'on découpait au coupe-papier, l'odeur de l'écriture d'avant, les feuilles poreuses comme un buvard, imbibées des émotions de lecteurs précédents...), je me suis dit tiens ça y est, pour la rencontre c'est le moment.
" Le Procès-verbal ".
Il l’a écrit à vingt-trois ans.
À l'époque je venais de naître et il y avait encore plein de choses que je ne connaissais pas.

(Contrairement à maintenant, où la vie n'a plus aucun secret pour moi.)

(À l'exception de J.M.G. Le CLézio.)

Allez.
J.M.G. Le Clézio.
Le Procès-verbal.

Je lis la préface de l’auteur.
Erreur.
Deux pages de mises en garde, recommandations et avertissements (ex : il ne faut pas juger ce livre ampoulé, même si " Il se peut qu’il pèche par excès de sérieux, par maniérisme et par verbosité.")

Hmmmmm.

Carrément réfrigérant.
Qu'est-ce que je fais?
...
Du nerf, c'est quand même ma rencontre avec J.M.G. Le Clézio.

Je commence.

(...)

J’aime bien les trois premières lignes et le nom du héros.
Adam Pollo.
Ça sonne bien.
Adam, le premier homme.
Pollo, le poulet. Le coup de l’œuf et la poule.

(Car après une préface pareille, je présume que ce nom de famille est réfléchi, je sens que J.M.G. Le Clézio ne laisse rien au hasard.)

Donc j’aborde avec optimisme la quatrième ligne.

...

............vvouffououououvvvvououououvvvvffff..............

(petit vent de panique qui ébouriffe le lecteur de ce blog)

...

Eh, ne partez pas !
Vous ne croyez tout de même pas sérieusement que je vais explicationner-de-texte chaque ligne du roman !

Aucun risque.
Ne serait-ce que parce que...
arrivée en bas de la deuxième page, je me rends compte que je n’ai rien écouté de ce que je me suis lu.

Je me suis réjouie du radieux bleu des cieux des derniers jours, j’ai repensé avec plaisir à " Une vie française ", que je venais de terminer, j’ai entendu la cloche sonner cinq coups (pourtant ces moments de lecture gagnés grâce à l’insomnie sont d'habitude les meilleurs), j’ai pensé à des gens que j’aime, je ne saurais pas dire vraiment comment a dérivé mon esprit dès la quatrième ligne du Procès-verbal de J.M.G. Le Clézio, mais je n’ai rien suivi.
(Incroyable, cette faculté qu'ont nos yeux de lire des mots, des paragraphes, des pages entières, alors que tout le reste de notre conscience vaque tranquillement à autre chose.)

Sans la préface, j'aurais peut-être relu les deux pages.
Fatale préface.

Alors je me suis levée.
J’ai allumé l'ordinateur.
Et je suis là, en train de me dire que non, ma rencontre avec J.M.G. Le Clézio, ce n’est encore pas pour cette fois.

(Mais si un lecteur consterné tient absolument à me conseiller un titre…)