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31 mars 2006

J’ai le bras long, moi, m’sieurs-dames

Eh ouaip !
Parce que figurez-vous que j'ai obtenu le Prix Spécial de Zi Jury au concours d’emery les deux font la paire.

Un grand merci à emery et à Zi Jury : maintenant grâce à vous, les deux font la fière.

Ha ha !

(Hem…)
(Bon, d'accord, pas terrible, hein…)

Et au fait, bravo aux vrais gagnants, qui l'ont bien mérité.

Reprenons.

Chers amis, si vous aussi, vous rêvez secrètement d’un Prix Spécial de Zi Jury, voici quelques tuyaux :
Trouver dans un lieu tranquille un lit (c’est plus confortable) ou tout autre espace horizontal assez solide pour accueillir deux têtes.
Y poser une première tête (la vôtre ?) ainsi que celle de l’autre moitié de la paire (fille adorée, fils chouchouté, mari, femme, amant, amante, mère, père, maire, paire...)
Allonger votre bras le plus long au-dessus de vos deux têtes.
Attention, si comme moi vous êtes équipé d’un appareil photo rudimentaire à écran non inclinable, croiser les doigts pour obtenir un cadrage adéquat.

(Si le cadrage est raté, recommencer en croisant de préférence les doigts de la main qui ne tient pas l’appareil photo.)

Et maintenant, à propos de paires, allez vite lire ce petit bijou qu’est Pourquoi j’ai mangé mon père, de Roy Lewis.
Détail intéressant, le titre anglais dit comment et non pourquoi : The Evolution Man, or How I ate my Father.

(Je vous le précise parce que c’est quand même bien pratique de savoir comment procéder si jamais l’envie vous prenait de manger votre père…)

...
...
...

(Et sinon, vous connaissez l'histoire de ce père dont le gamin a un cochon nommé Guerci ?)

A - Vous la connaissez.
Vous pouvez partir, je vous souhaite un joyeux week-end.

B - Vous ne la connaissez pas/vous l'avez oubliée/vous êtes vraiment très gentils avec moi.
Je vous souhaite un joyeux week-end aussi.

Voilà.
Le problème, c'est que Guerci sent mauvais. Alors un jour, le père du garçon décide de s'en débarrasser en l'offrant au zoo. Résultat : et l'père y colle au zoo c'porc d'Guerci.

Si cette leçon d'italien gratuite vous a fait sourire, c'est une grande chance car cette blague minable a à peu près soixante-quatorze ans, les générations TGV ne peuvent pas la comprendre et en plus je suis nulle en racontage d'histoires drôles.

Je ne sais pas ce qui me prend, c'est la faute à emery, ce SPÈCHEULE PRAÏCE, ça me monte à la tête !

22 mars 2006

Il faut dire aux gens qu’on les aime

C’était il y a longtemps.
De la fenêtre je regardais dehors ; j’entendais vaguement, sans les voir, le couple de voisins qui dînaient dans le jardin de leur pavillon.
C’était l’été : le soir en rentrant du travail, ils dînaient dehors.
Des cliquetis de couverts.
Un murmure de conversation.
Tendre harmonie.
Des chouettes voisins. Une cinquantaine d’années, les enfants grandis, partis.
On se connaissait bien.
Je les aimais beaucoup.
Et je les enviais.
Pas de tendre harmonie entre mon homme et moi.
Pas d’affectueux bavardage autour du dîner.
Dresser un couvert pour deux, comme ça, à l’heure du dîner, que c’est bourgeois.
(Ou beauf, je ne sais plus. Parfois, quand l’anti-conventionnel devient un parti pris, des nuances m’échappent. En tout cas, dîner à table, c’est mal, c'est pas hors-la-loi.)

Alors le soir, " à l’heure du dîner ", je me mettais à la fenêtre.
J’avais élevé ce repas à un rang symbolique. C’était ce que j’attendais d’un couple. Et ce que je ne connaîtrais jamais. Dîner dehors en amoureux, parler doucement. Se raconter des petites choses.
J’avais une boule dans la gorge. Je voulais partager des cliquetis de fourchettes, je voulais un bavardage affectueux.
Je me sentais… abandonnée.
Exclue.
Je ressassais
l’amère nostalgie de ce qui aurait pu être.

Parfois, je me disais " si ce soir ils dînent encore dehors, je m’en fous, je m’en vais ".
J’étais totalement idiote.
Ils dînaient dehors.
Et je ne m’en allais jamais.

Un jour, pourtant, je l’ai quitté.
C’était l’automne.
Après treize ans de bon et de pas bon.
Et deux enfants formidables.
Mais plus de larmes que de rires.
Plus de solitude que de partage.

Brutale cassure.
Horrible décision, sordides déchirures.
Et, exacerbée,
l’amère nostalgie de ce qui aurait pu être.

(…)

Il y a bientôt dix ans, un homme a bousculé ma vie.
Tous les jours, depuis bientôt dix ans, il me dit qu’il a de la chance.
Mais tous les jours, depuis bientôt dix ans, c’est moi qui ai de la chance.

Parce qu’il me veut comme je suis et il me veut avec lui.
D’un seul mot il désamorce mes bêtes humeurs.
Son énergie est solaire et solide.
Sa confiance fait que rien n’est jamais insurmontable.
Sa main épouse ma fesse.
Son rire inspire le mien.
Son regard me rend invincible.
Il m’a donné une petite fille.

...

Oui, vivre avec quelqu’un peut être facile.

Maintenant, je le sais.
C’est pour ça que je l’appelle
mon magicien de la vie.

Il faut dire aux gens qu'on les aime.

04 mars 2006

Comment je me la pète en cuisine

Pour vous, rois et reines de la frime et du bluff culinaires, voici deux recettes incroyables de mon registre " rapide et efficace" :

 

La soupe glacée de betterave :

(Comme son nom l’indique, elle est froide : pas besoin d’une cuisinière Godin.)

Dans un moment d’égarement, vous avez acheté des betteraves cuites. Depuis, elles hantent le frigo. Ou le placard, si elles sont sous vide, car cet étonnant ingrédient semble se conserver indéfiniment à température ambiante, ce qui déjà est suspect.

Et en plus elles vous narguent. On le savait pertinemment, qu’on n’allait jamais leur fourguer des betteraves-vinaigrette alors que deux (de nos) enfants sur trois sont dégoûtés rien qu’à la prononciation du mot. Ça devait encore être une de ces périodes " varions les menus " ou " c’est ça ou ils vont se coucher sans dîner ".

 

Exhumez donc vos deux-trois betteraves cuites. Passez-les au mixeur pour soupes avec une pomme épluchée, une cuillerée à café de moutarde (ingrédient obligatoire), un ou deux yaourts, quelques gouttes de tabasco, de la crème fraîche liquide (on a complètement le droit car malgré son goût sucré, la betterave est peu calorique), 2 cuillères à soupe de miel, un bouillon cube émietté. Et ajoutez un peu d’eau car à la base, l’idée c’est une soupe et pas une purée flasque. En été, au lieu d'eau, ajouter de la glace pilée.

 

Réfrigérer une ou deux heures si possible, c’est meilleur bien frais, dans un joli récipient transparent qui permettra d’en admirer la couleur.

(Moi je sers toujours les soupes, chaudes ou froides, dans des carafes.)

 

On peut sûrement aussi relever l’affaire avec des épices (curry?), se passer de miel, ajouter quelques traits de vinaigre balsamique ou de sauce soja douce, remplacer la pomme par une poire, ajouter un zeste de citron, un petit fenouil, un quart de concombre épluché, etc.

 

Car bien sûr, ce qui nous intéresse dans cette soupe ce n’est ni son goût ni sa valeur nutritive, mais sa spectaculaire couleur.

Il se trouve que par hasard elle est délicieuse et insolite, ce qui est une aubaine.

 

 

(Ça me donne quelques idées de déclinaisons chromatiques que je pressens redoutables culinairement…)

 

Ceux qui se sont intéressés à nos épisodes créatifs de vrai faux travertin constateront que finalement, nous avons opté pour le plan de travail en bois, ce qui jure malencontreusement avec la soupe, et crédence en zinc...

 

N.B. Riche en fer et en phosphore, la betterave rouge, diurétique, tonifiante, reminéralisante, augmente la capacité de résistance de l'organisme. Indiquée dans les cas d'asthénies, les convalescences, les états de déminéralisation. Ses fibres sont abondantes pour la lutte contre la paresse intestinale.

(Je me demande dans quel délai je le recevrai, mon chèque du syndicat de la betterave potagère…)

 

Tout en vous émerveillant devant cette rose composition que vous aurez envie de parsemer de ciboulette, coriandre ou basilic ciselé, vous penserez alors avec jubilation et gratitude qu’elle séduira les plus réfractaires aux protéines végétales, aux fibres et aux oligo-éléments.

 

Erreur.

 

Total fiasco chez les jeunes.

Monumental succès en revanche auprès des gens normaux un brin audacieux.

 

                                            * * *

 

L’autre recette, super-fastochissime, est vraiment pour les grosses grosses feignasses.

C’est une variante du velouté-de-courgettes-vache-qui-rit.

 

Découper en larges rondelles quatre belles courgettes lavées et même pas épluchées. Recouvrir tout juste d’eau et d’un bouillon cube. Faire cuire jusqu’à ce que les courgettes soient molles (selon l’ardeur de la Godin, ça peut prendre entre cinq minutes et deux jours et demi). Puis, mixer avec la moitié d’un reste de chèvre long jusqu’à obtenir une consistance veloutée.

 

Et c’est fini.

Si-si-si, c’est fini !

 

Evidemment, on peut aussi ajouter dans la casserole un ou deux oignons, du fenouil, un petit blanc de poireau, un reste d’épinards à la crème ou quelques poignées de haricots verts (surtout si on n’a pas de courgettes).

Car l’ingrédient par qui survient le bonheur papillaire, c’est le chèvre.

À défaut, un reste de fromage à raclette fait très bien l’affaire et c’est idéal pour s’en débarrasser parce que franchement, qui va ressortir tout le bazar à raclette pour quatre ou cinq morceaux pré-découpés qui finiront plus vraisemblablement soffoquant dans leur cellophane jusqu’à ce que nos complexes d’Occidentaux nantis soient étouffés par un racornissement ou une moisissure justifiant enfin qu’on les donne au chien.

Moi je préfère le chèvre.

On peut saupoudrer d’un peu de paprika, pour le visuel.

Mais à force, la recette ne tient plus en trois lignes et perd ce chouette côté frime qui est quand même ce qui m’intéresse essentiellement ici.

 

Mise en garde :

Certains risquent de vous admirer pour cette colossale réussite parce que là vraiment, c’est trop succulent et trop super-fastochissime.

D’autres de vous haïr, pour les mêmes raisons.

Et quelques-uns ne vous verront plus jamais du même œil, ceux qui trouveront secrètement ou explicitement immonde cette soupe au goût original…

 

                                            * * *

 

J’avais dit deux recettes incroyables ? J’en ai encore une.

Celle-ci, je ne l’ai pas inventée. Mais attention : danger.

Jean-Pierre Coffe, fuyez, c'est à s'apoplexier : il y a les mots micro-ondes, en boîte et chimique à quelques lignes d’intervalle.

Même moi, j’en ai des frissons dans l’échine de tout ce culinairement incorrect.

Pourtant je suis bien obligée d’admettre… que ce délicieux gâteau à l’ananas est prêt en un quart d’heure cuisson comprise et se cuit exclusivement au four micro-ondes.

 

C’est immonde, je sais.

Amoral.

Et si ça se trouve, même pas légal.

 

Mais c’est INCROYABLE.

 

1) Le caramel : 

Inratable : mettez dans un plat en pyrex 70 g. de sucre + 3 cuil. à soupe d’eau. Faire caraméliser au micro-ondes pendant 4 minutes environ. Disposer au fond du plat quelques rondelles d’ananas en boîte.

 

2) Le mélangeage :

Mélanger 150 g. de sucre, 70 g. de farine, 1/2 sachet de levure chimique, 3 œufs et 150 g. de beurre ramolli. Ajouter le reste de la boîte d’ananas égoutté débité en petits morceaux (conserver le jus).

 

3) Le versage :

Verser le tout dans le plat et cuire 8 minutes au micro-ondes.

(Si le couteau ne ressort pas sec, changez de micro-ondes.)

(Ou de couteau.)

(Ou lamentez-vous.)

(Ou plaignez-vous à moi.)

 

4) La démoulation :

Démoulater chaud, laisser refroidir et arroser en plusieurs fois avec le jus d’ananas restant.

 

5) Le bonheur :

C’est bon, c’est joli, et quand quelqu’un débarque à l’improviste et trouve 1/4 d’heure plus tard un gâteau tout prêt, il est BLUFFÉ.

 

Ce qui par moments, dans la vie, est une frivole mais vaste satisfaction.

 

Et maintenant… bon appétit.

 

Et soyez forts : vous vous apprêtez à mettre en péril une réputation de cordon bleu, voire des amitiés de trente ans.

 

Car contrairement à la croyance populaire, les goûts et les couleurs, ça se discute.

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