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22 mars 2006

Il faut dire aux gens qu’on les aime

C’était il y a longtemps.
De la fenêtre je regardais dehors ; j’entendais vaguement, sans les voir, le couple de voisins qui dînaient dans le jardin de leur pavillon.
C’était l’été : le soir en rentrant du travail, ils dînaient dehors.
Des cliquetis de couverts.
Un murmure de conversation.
Tendre harmonie.
Des chouettes voisins. Une cinquantaine d’années, les enfants grandis, partis.
On se connaissait bien.
Je les aimais beaucoup.
Et je les enviais.
Pas de tendre harmonie entre mon homme et moi.
Pas d’affectueux bavardage autour du dîner.
Dresser un couvert pour deux, comme ça, à l’heure du dîner, que c’est bourgeois.
(Ou beauf, je ne sais plus. Parfois, quand l’anti-conventionnel devient un parti pris, des nuances m’échappent. En tout cas, dîner à table, c’est mal, c'est pas hors-la-loi.)

Alors le soir, " à l’heure du dîner ", je me mettais à la fenêtre.
J’avais élevé ce repas à un rang symbolique. C’était ce que j’attendais d’un couple. Et ce que je ne connaîtrais jamais. Dîner dehors en amoureux, parler doucement. Se raconter des petites choses.
J’avais une boule dans la gorge. Je voulais partager des cliquetis de fourchettes, je voulais un bavardage affectueux.
Je me sentais… abandonnée.
Exclue.
Je ressassais
l’amère nostalgie de ce qui aurait pu être.

Parfois, je me disais " si ce soir ils dînent encore dehors, je m’en fous, je m’en vais ".
J’étais totalement idiote.
Ils dînaient dehors.
Et je ne m’en allais jamais.

Un jour, pourtant, je l’ai quitté.
C’était l’automne.
Après treize ans de bon et de pas bon.
Et deux enfants formidables.
Mais plus de larmes que de rires.
Plus de solitude que de partage.

Brutale cassure.
Horrible décision, sordides déchirures.
Et, exacerbée,
l’amère nostalgie de ce qui aurait pu être.

(…)

Il y a bientôt dix ans, un homme a bousculé ma vie.
Tous les jours, depuis bientôt dix ans, il me dit qu’il a de la chance.
Mais tous les jours, depuis bientôt dix ans, c’est moi qui ai de la chance.

Parce qu’il me veut comme je suis et il me veut avec lui.
D’un seul mot il désamorce mes bêtes humeurs.
Son énergie est solaire et solide.
Sa confiance fait que rien n’est jamais insurmontable.
Sa main épouse ma fesse.
Son rire inspire le mien.
Son regard me rend invincible.
Il m’a donné une petite fille.

...

Oui, vivre avec quelqu’un peut être facile.

Maintenant, je le sais.
C’est pour ça que je l’appelle
mon magicien de la vie.

Il faut dire aux gens qu'on les aime.

Trackbacks

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Commentaires

Et quelles mains !!! Ha ha ha.
Joli texte m'dame. J'entends le bruit de l'été, les souvenirs. Et la sympathie du magicien. La brodeuse dort mais je vous fais la bise en nos noms. ;-)

Ecrit par : Vinvin | 22 mars 2006

Alors là je suis deux cent pour cent d'accord avec toi. Oui, douceur, harmonie, et dire aux gens qu'on les aimes. ;)

Ecrit par : onze | 23 mars 2006

Touchée... Ce n'est plus un billet : c'est une leçon de vie. Merci, Jujuly.

Ecrit par : Anitta | 23 mars 2006

Tu as raison, Vinvin, j'ai oublié de préciser qu'il a deux mains ! Deux fois plus de chance pour moi ;)

Harmonie, voilà, onze. (Enfin, j'en connais qui préfèrent le fandango, remarque !)

Boah Anitta, tu exagères... (euh, quelle genre de titre, la leçon: comment devenir belle et intelligente quand on a été moche et stupide - tout en assumant un romantisme ridicule ?)

Ecrit par : jujuly | 23 mars 2006

Pour synthétiser, vous avez de la chance, quoi !

Et oui, il faut leur dire qu'on les aime. Et moi j'aime te lire, en plus.

Ecrit par : Anne | 23 mars 2006

Oui et oui, Anne. Et merci !

Ecrit par : jujuly | 23 mars 2006

smouak, smouak, smouak, vive le printemps !
on t'aime aussi, jujuly !!!

Ecrit par : Marion | 24 mars 2006

"Il faut dire aux gens qu'on les aime" : eh bien, qu'est-ce que je dis d'autre à Jujuly depuis des lustres ?

Ecrit par : Jacques Layani | 24 mars 2006

Oué, oué, oué, Marion.

Tiens, Jacques, coucou, vous étiez donc là ?

Ecrit par : jujuly | 24 mars 2006

Bigre, qu'elle m'a fait tout drôle ta note.
Elle est magnifique et tout ce qu'on ressent à la lire se voit à l'extérieur (à cause de la banane sur mon visage).

Bises !

Ecrit par : barnabé | 24 mars 2006

C'est vrai que c'est beau un vieux couple (dans tous les sens du mot) qui s'aime ! On espère devenir comme eux et tu sembles bien partie avec ton amoureux aux grandes mains :-)

Très très beau billet, plein de tendresse et d'émotions...

Ecrit par : Mamounia | 24 mars 2006

Hey, barnabé, je t'ai déjà dit que je t'aime ?
;)

Merci Mamounia...

Ecrit par : jujuly | 24 mars 2006

et tu le dis joliment ;-)

Ecrit par : phil | 24 mars 2006

Ouais, c'est toujours pour les autres...

Ecrit par : Jacques Layani | 24 mars 2006

Merci, phil.

Allez, Jacques, ne faites pas votre mauvaise tête ;)

Ecrit par : jujuly | 25 mars 2006

Les quelques phrases qui décrivent ce qui fait ton magicien de la vie me sont allées droit au ventre. Pour des tas de raisons.
Quelle jolie chance Jujuly. Quelle cadeau que ce magicien là.
Mais tu le sais :)

Ecrit par : Hémisphère M | 26 mars 2006

En plein dans l'ventre, oui...

Ecrit par : Immixtion | 28 mars 2006

Parce que parfois cela ne s'explique pas..cela se vit, une évidence quoi.. :)

Ecrit par : arcadia | 28 mars 2006

;) tous.
Merci de comprendre si bien...

Ecrit par : jujuly | 28 mars 2006

:-)

Ecrit par : Laure Colmant | 30 mars 2006

ah ça re-marche !
eh bien c'est tout tres beau.

Ecrit par : ab6 | 07 juin 2006

ab6, je t'aurais pensée plutôt façon : "il faut aussi dire aux gens qu'on les aime pas, non mais oh".

?!

Ecrit par : jujuly | 07 juin 2006

heu...aussi,
mais pas que ! :)

Ecrit par : ab6 | 09 juin 2006

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