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11 janvier 2006

Mélimélomane

Il est grand.
Il est brun.

On pourrait trouver que ça commence plutôt bien.



Mais en fait non.

Car en travaillant, il écoute Radio Nostalgie.
Très fort.
Et il chante.
D’une façon remarquable.

Ce qui est remarquable, c’est qu’en écoutant Hissez haut Santiano, il ne chante pas Hissez haut Santiano.
Non.
Il chante L’Aigle Noir.
Puis il chante Santiano en écoutant Michèle Torr. Puis Emmène-moi danser ce soir en écoutant L’Auvergnat…

C'est fascinant à observer. Comme qui dirait une sorte de désynchronisation acoustico-orale. Sûrement un cas très intéressant pour des étudiants en neuropsychologie.

Le gloussement va fuser, vite je me mords les lèvres, m'immerge dans mon livre. Les mots dansent, je n’essaie même pas de lire mais si je continue à le regarder je vais imploser.

Et soudain…

Le voilà qui cesse de chanter. Il lève les yeux vers moi. Il va dire quelque chose. Me dire quelque chose. Oui, ça y est, il me parle.

Mais sans baisser le volume de la radio, ni hausser la voix pour couvrir les publicités et la pompe à salive, ni retirer son masque.

De sorte qu’on n’a aucun moyen de savoir si gromblum-mchmeifgolsnm-mslodgglj-bkmomfpl prononcé en fronçant un sourcil signifie qu’il est affligé par le temps qui se gâte, par la sélection de Radio Nostalgie ou par la monstrueuse carie qu’il découvrirait dans la bouche de votre enfant à l'occasion de ce bilan bucco-dentaire ("Non, mon chéri, le monsieur ne t’en offrira pas, des pistaches, c’est un dépistage bucco-dentaire").

Car cet homme grand et brun est dentiste.
(C’est même notre dentiste, depuis qu’il a réimplanté dans une de nos bouches une dent malencontreusement expulsée, et qu’elle tient toujours.)
(La dent.)
(La bouche aussi, merci.)

" Pardon ? " dis-je en avançant la tête, plissant les yeux, fronçant les sourcils, tendant l'oreille, grimaçant divers indices aussi disgracieux qu'éthologiquement corrects signifiant implicitement un contexte sonore défavorable.

Trop tard.
Déjà, la publicité est terminée et il recommence à chanter.
L’Auvergnat.
En écoutant No milk today.

Je baisse les yeux sur mon livre.

Et là, il a bien fallu que ça sorte.

Le dernier roman de Franck Pavloff n’est pas vraiment drolatique; ça vous mettrait plutôt le sanglot à fleur de tripes.
Alors éclater franchement d’un fou rire sauvage en lisant Le pont de Ran-Mositar, à mon avis c’est rarissime.
Je pense même que cela ne s’est jamais vu.

Sauf chez notre dentiste.

" Ça a l’air rigolo, votre bouquin ", m’a dit l'homme grand et brun qui aimait la nostalgie désynchronisée et les romans désopilants.

Je lui ai noté les références.

J’espère qu’il ne sera pas trop déçu...

01 janvier 2006

une goutte d'eau

Il y aura toujours une goutte d'eau pour durer plus que le soleil sans que l'ascendant du soleil soit ébranlé. René Char.

Il y aura toujours un 31 décembre pour durer jusqu'à minuit sans que l'arrivée du 1er janvier soit retardée. Moi.

(On sent tout de suite la poétesse, hein.)

À vous qui passez, par hasard ou par envie,
vous que je connais peu,
ou pas,
ou mal,
ou bien,
je souhaite une bonne année 2006.
...

Au fait, c'est quoi une bonne année ?