02 février 2005
Ma voisine est spirituelle, acte II
(Si vous avez raté l’épisode précédent, cliquez ici).
Mercredi-de-dans-deux-semaines est arrivé.
Je suis assez remontée: ça devrait être pittoresque, un apéritif chez voisinette prévu et organisé presque quinze jours à l’avance.
Finalement, nous décidons de ne pas apporter de vin.
C’est vrai que c’est un peu un comble d’aller prendre l’apéritif chez quelqu’un et d’apporter l’apéritif.
Mon magicien : " Autant aller au cinéma avec son film ".
Moi : " D'accord mais un apéritif où tu bois du thé ça s’appelle un goûter ! C’est comme… je ne sais pas, un hot-dog sans saucisse ? "
- Hein ?
- Ou… un rhum-orange sans rhum ?
- Mais où est donc passé ton esprit d’aventure ? qu'il me répond du tac au tac.
Il a raison. Je ramasse les morceaux de mon esprit d’aventure, en me grommelant intérieurement que voisinette s’est bien invitée à dîner 116 fois sans jamais apporter le dîner, MAIS que l’apéro c’est l’apéro et pas le goûter, quand même.
(Je sais, dîner 116 fois en deux mois, c’est un record du monde.)
(Je n’ai jamais prétendu que je n’exagérais pas.)
Donc… c'est l'esprit d'aventure en bandoulière que nous partons.
Sur les 200 m qui nous séparent (de l'aventure), on fait des paris.
Thé ?
Whisky-coca sans whisky ?
Vin sans alcool ? (donc jus de raisin)
MOJITO ? ! (non, là je rigole, je dis ça pour J.)
Voisinette a allumé des bougies. Un bon point.
On s’installe dans le salon. Il y a une grande photo encadrée d’un Rimpoche ou de je ne sais plus quel Maîtràpenser au-dessus de la cheminée.
- C’est lui qui m’a sauvée quand j’étais au bord du gouffre, explique voisinette (sourire béat).
- Ah, dis-je (sourire poli).
J'ai peur qu'elle enchaîne sur le sauvetage en question parce qu'on voit bien que sa prunelle s'embue quand elle regarde la photo, mais ça doit être l'effet de la cheminée qui fume un peu car sans préliminaire, elle enchaîne :
- J’ai fait du thé.
Bon.
Ben voilà.
Fin du suspense.
On s’en était douthé (ha ha).
Tant pis pour nous.
Mon magicien et moi, on cumule le collectif de nos efforts et on fait bonne figure.
Pour accompagner le thé, il y a huit rondelles de saucisson dans une soucoupe. Nous sommes trois adultes et cinq enfants. Ça fait une rondelle chacun.
Elle a drôlement bien calculé, n’empêche : huit personnes, huit rondelles.
Moi, j’admire les forts en maths.
Ça, c’est de l’apéro convivial.
Sauf que…
Du saucisson ? ? ? Mais… le saucisson, c’est défendu ! Et après le coucher du soleil, en plus, fatale infraction à la règle numéro 2 !
Malheureusement, les enfants ont déjà tout fini avant qu’on ait le temps de savoir si c’était du saucisson au tofu.
Bon. Un peu de temps passe. (Lentement.)
Un de mes trois nombreux enfants me dit à l’oreille qu’il a soif. Je répète à voix plus haute : " Ah, tu as soif ? "
J’attends une ou deux secondes, puis, en l’absence de réaction autour de moi : " Ben, regarde, tu vas aller chercher un verre d’eau à la cuisine. "
Mais Voisinette, enfin, s’écrie : " Ah, attendez, j’ai encore du Coca ".
(Ben oui, elle nous l’avait bien promis, non, mercredi-d'il-y-a-deux-semaines ?)
(Mais pourquoi ce " encore " ?)
Et là, elle envoie son fils chercher dans le frigo… une bouteille de Coca remplie au tiers.
Voilà l’explication du "encore". C’était pas "encore" comme dans "encore et toujours", c’était "encore" comme dans "encore un peu qui reste au fond de la bouteille".
Puis, Voisinette nous fait préparer par son fils des petites tartines de saumon fumé.
Très bon.
Mais très peu.
Je remarque incidemment que Voisinette ne se lève jamais.
Je me le reproche aussitôt et j'essaye de nous envoyer des ondes positives, à moi et aux autres.
Mon magicien bâille, bâille...
Forcément, en l’absence de toute boisson autre que du thé et au rythme d’un canapé au saumon toutes les dix minutes, le RITUEL SOCIAL de l’apéritif convivial est salement entravé.
Rien n’est fluide et naturel.
Je suis un peu mécontente de moi parce que je sens que ça me rend mesquine, tout ça, et j’aime pas cette sensation.
QUAND SOUDAIN…
Coup de théâtre :
Voisinette SE LÈVE et dit au magicien en allant vers la cuisine :
- Tiens, tu dois t’y connaître en vin, toi.
(On s’interroge de l’œillade, lui et moi.)
Elle revient avec une bouteille de vin portuguais.
- Quelqu'un m’a donné ça. Je crois que c’est une bonne bouteille.
Mon magicien regarde l’étiquette.
- Ah, peut-être ? Je ne sais pas, je ne connais pas trop les vins étrangers …
- À mon avis, c’est un bon vin, se conforte Voisinette toute seule. JE VAIS LE GARDER POUR UNE OCCASION.
Oui.
Oui, elle a dit ça.
À nous.
À nous et à notre tasse de thé tiède qui nous regardait en frémissant.
Et elle est repartie avec la bouteille.
On allait prendre congé lâchement, quand elle nous a proposé une tarte au potiron qu’elle avait préparée exprès pour les enfants.
(Pour clore cet apéritif pantagruélique, je suppose.)
(Aucun enfant normalement constitué n’aime la tarte au potiron.)
(Aucun de MES enfants n’aime la tarte au potiron.)
(D’ailleurs, peu d’adultes normalement constitués aiment la tarte au potiron.)
C’était pas vraiment mauvais, remarquez.
Fallait juste avoir envie de tarte au potiron.
Je ne sais pas si ça manquait de sucre. Ou de sel. Si c’était sucré ou salé, en fait.
(C’est vrai, ça, si ça se trouve, ce n’était pas un dessert ?)
(...?)
On est rentrés à la maison en chantant et en riant comme si on était saouls.
On riait, on riait tous les cinq…
On a ouvert une bouteille d’Orangina, du jus de fruits, du rouge, du blanc, du rose, de la bière, du rhum… on a sorti saucisson, carottes, olives, quiche, chips, radis, pâté, fromage… le plus de choses mauvaises pour la santé possible.
Et on a ri encore.
(Nerveusement, à force.)
C’est sûrement interdit. TRÈS MAUVAIS, toutes ces protéines de rire APRÈS le coucher du soleil.
(…)
Ce matin, Voisinette m’a téléphoné.
- Tu pourrais emmener mes enfants à l’école ? Je ne me sens pas très bien, je n’ai pas l’habitude de manger du gâteau. Ça m’a enrhumée, tout ce sucre.
- ?… Enrhumée ? … ?… Tout ce sucre ? je lui dis faiblement.
- Bien sûr, manger du sucre, ça me fragilise. À chaque fois je m’enrhume.
Comme quoi, finalement, c’était bien un dessert, la tarte au potiron.


Commentaires
Incroyable... j'en suis sans voix (et c'est rare)...
Elle ne ferait pas partie d'une secte étrange, par hasard ?
Ecrit par : Anne | 03 février 2005
Le pire, c'est que TOUT est authentique.
Mais... j'en reparlerai!
Ecrit par : jujuly | 03 février 2005
Ben mince, c'est une post-baba qui continue le H et "love and peace" ?
C'est une adepte du temple du soleil (couchant) ?
C'est une pov voisine bonne à enfermer ?
J'arrive pas à me décider. La seule chose qui est sûre, si elle venait chez moi ce serait : vin, ou whisky coca, charcutaille et gros gato au chocolat ! et hop ! Après tu la vois plus pendant 2 ans !!! mdr (non, pas rire, c'est limite pathétique !)
Ecrit par : rainette | 03 février 2005
Le coup du vin qui vient et qui repart, je n'y aurais pas pensé. Très très audacieux. Il y a un gros travail de mise en scène pour synchroniser toutes ces mesquineries. Beau boulot. Elle a avoué à la fin, non ? C'était un caméra cachée, c'est ça, hein ?
Ecrit par : kadi | 03 février 2005
Ce qui m'inquiète aussi, c'est que cette brave dame a donc aussi des enfants ou un enfant, qui doit subir "ça" au quotidien... pov môme(s) :o)
Vous reprendrez bien une tite part de tarte ? lol
Ecrit par : Elle | 03 février 2005
Un apéro sans mojito n'est pas un apéro.
(adage n°15896 de la Charte "pour la Défense des mojitos")
Ecrit par : Joumana | 03 février 2005
De la tarte au potiron.
Il y a vraiment de quoi être vexé.
Je suis d'accord avec Joum et j'aimerais bien prendre connaissance de cette charte ;-)
T'as donné l'adresse de ton blog à Voisinette? Parfois le traitement choc c'est recommandé! Peut-être encore qu'elle ne se reconnaitrait pas? Faudrait inclure ses initiales tiens.
Pour son rhume sucré, je propose un thé au cresson, je te jure, ça guérit de tout!
Ecrit par : Pepto | 03 février 2005
Elle est pas tout simplement pauvre ?
Signé le comité de défense des potirons fauchés pour des queues de cerises.
Ecrit par : L'Amère de famille | 03 février 2005
Vous avez tous raison, à votre façon.
Elle est pauvre, à sa façon (mais elle sait très bien s'offrir tout ce dont elle a envie).
Elle est chiche, à sa façon (mais frugale, elle n'a peut-être pas remarqué que mon magicien fait trois fois son poids).
Elle est incohérente, à sa façon (par exemple, chez les autres, elle a le droit de manger longtemps après le coucher du soleil et de boire de l'alcool - du champagne si possible.)
Elle plane, à sa façon (se shoote aux aliments surbio(niques?) alternant avec méditation et jeûnes récurrents - elle ferait mieux d'essayer un vrai djeune.)
Elle est paumée, à sa façon (mais toujours en accord avec elle-même.)
Les enfants trinquent, à leur façon (les seuls enfants du monde à trinquer sans bouteille...!)
Cette fille est vraiment sur une autre planète.
Mais surtout, elle pivote en permanence sur son existentialisme personnel...
C'est pathétique et drôle et dérisoire et comique en même temps.
Comme la vie!
La suite de nos aventures bientôt...
Ecrit par : jujuly | 03 février 2005
:))) m'a bien fait rire, ta note/voisine.
Ecrit par : yaelz | 04 février 2005
Ouais la suite !!
J'adore les histoires sur les gens étranges !
Ecrit par : Anne | 04 février 2005
je suis écroulée!
encore !!!!!
Ecrit par : Chloe | 04 février 2005
Au moins tu n'as pas eu droit à la voisine version mauvaise cuisinière qui invariablement te cuisine de "bons" petits gateaux, biscuits et compagnie justeeeeeee pour toi (sous entendu si tu manges pas tu la vexes...) le tout accompagné d'une limonade tjs maison mais où bizarrement elle oublie tjs le sucre...vive la limonade pur citron...aie... :o)"
Ecrit par : arcadia | 04 février 2005
Je suis morte de rire !! :-)
Tu écris bien !!!!
Ecrit par : Sénio | 05 février 2005
Je suis pétée de rire !!! Trop drôle !!
OZ
Ecrit par : Oznej | 07 février 2005
> Elle est pauvre, à sa façon (mais elle sait très bien s'offrir tout ce dont elle a envie).
Charité bien ordonnée commence par soi-même
> Elle est chiche, à sa façon (mais frugale, elle n'a peut-être pas remarqué que mon magicien fait trois fois son poids).
S'il fait trois fois son poids, c'est qu'il a besoin de maigrir.
> Elle est incohérente, à sa façon (par exemple, chez les autres, elle a le droit de manger longtemps après le coucher du soleil et de boire de l'alcool - du champagne si possible.)
A Rome, il faut faire comme les romains.
> Elle plane, à sa façon (se shoote aux aliments surbio(niques?) alternant avec méditation et jeûnes récurrents - elle ferait mieux d'essayer un vrai djeune.)
Si elle se tape un djeune, elle se fera coffrer pour pédophilie.
> Elle est paumée, à sa façon (mais toujours en accord avec elle-même.)
On n'est pas paumé lorsqu'on reste chez soi.
> Les enfants trinquent, à leur façon (les seuls enfants du monde à trinquer sans bouteille...!)
On peut trinquer au Champomy (mais c'est moins bon).
Ecrit par : castor | 07 février 2005
Elle est gentille. C'est quelqu'un qui a vachement de mal à vivre dans ce monde, finalement. Moi je l'aime bien. C'est pas pire que des gens qui reçoivent comme à Versailles, mais qui suent la haine et le sectarisme.
Et puis, vous avez triché. J'ai lu le blog du 24. C'est vous qui deviez apporter le vin...
Ecrit par : lebradeur | 07 février 2005
mmmmmmm!!!! quelle délicieuse voisine,....raconte encore parce que toi au moins tu as été INVITEE!!
Ecrit par : marie christine | 08 février 2005
Tiens, on dirait un mélange d'une ancienne connaissance ("vous ne voulez pas de fromage, n'est-ce pas" dit-elle en amenant le plateau qui repart aussi sec à la cuisine), de mon instit' du CP (une fois par mois, elle nous racontait son enlèvement par des extra-terrestres), et de mon arrière-grand-mère ("oh, j'ai retrouvé cette bouteille de bon vin !" dix minutes après la fin du repas)... Intéressant spécimen en tout cas !
Ecrit par : Kamiya | 08 février 2005
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