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28 août 2007

tomates grillochinées voire confites soi-disant à la provençale mais en fait non

Dans les règles de l’art, c'est au four qu'on prépare les « tomates à la provençale ».

Pas moi.
Il faisait trop chaud.

Aller cueillir dans le potager plein de belles tomates bio bien mûres.
Ou:
Acheter à l'épicerie la plus proche des tomates normales mais mûres quand même de préférence.
Les couper en deux dans le sens de... enfin, comme une moitié de melon qu'on veut servir avec du porto.
(Ne pas y verser de porto.)
(Boire une petite gorgée de porto, à la rigueur.)
Les mettre dans de l'huile d'olive à feu vif, côté peau ; on peut les tasser car elles vont réduire. Saupoudrer de persil + ail haché ou de mélange genre "persillade", ou de ce qu'on aura sous la main comme herbes, sarriette, thym, etc.
(J’adore la sarriette, appelée ici en Provence pebre d’ail, c’est-à-dire poivre d’âne. Car il est bien connu que les ânes braient du noir, et donc en fait c’est du poivre.)

Euh, à vérifier.
...
Donc :
Saupoudrer aussi de sucre brun, ou de sauce soja douce par exemple.
Et pendant qu'on y est, de chapelure avec le reste de pain d'hier ou deux-trois biscottes émiettées.
Quand la peau est bien grillochinée, on les retourne et on ajoute des gousses d'ail entre les tomates, surtout si on a oublié l’ail haché tout à l’heure avec le persil. Laisser sur feu vif pendant un moment avant que ça ne rende du jus car il faut que la chair caramélise aussi, c’est tellement plus joli.
Puis on a le droit de baisser la flamme, saler, poivrer et laisser mijoter à feu doux pendant encore une petite demi-heure, je dirais. Enfin jusqu'à ce que vous leur trouviez un bel aspect de tomates qu'on dira CONFITES.
(Si ça brûle directement sans rendre de jus, couvrir la poêle.)
(Si ça rend trop de jus, mettre sur feu vif jusqu'à ce que ce soit un peu évaporé. Ou si on est distrait, jusqu'à ce que ça sente atrocement le brûlé).

Pour présenter ces tomates, on les retourne, ce qui sera tout à leur avantage - à moins que ce ne soit pas leur profil le plus réussi (si par exemple on a vraiment planté l'opération grillochinage).

Délicieux tiède ou même à température ambiante. D'où son principal intérêt : ce plat succulent qui accompagne quasiment tout ce qu'on veut peut se préparer à l'avance.

NB : Je conseille vivement l'emploi d'une grande poêle Tefal.
(Je dis ça parce que pour une question d'intendance, j'ai dû les préparer en grande quantité dans trois poêles en même temps, or je n'ai pas trois poêles téfal... et j'ai vu la différence entre grillochiné, accrochiné, et franchement cramochiné. Mais au final, en mélangeant le contenu des trois dans un seul plat, on n'y voyait plus que du feu.)
(ha ha)
(que du feu)

(Par contre, il a fallu ravoir les poêles.)

16 juin 2007

La scène ouverte

Ou comment se désinhiber en public dans le réfectoire d’un centre de loisirs.

Ouverte, la scène l’est à tous ceux qui ont quelque chose à exprimer, chanter, jouer, conter, déclamer…
Il y a eu ce soir-là des jeunes, des vieux, des timides, des extravertis, des bons, des mauvais…
Et nous.
Qui incarnions à peu près un panaché de tout ça.
Notre extraverti personnel a présenté notre groupe, on a joué quelques morceaux.
Tout allait bien.
Non, non, vraiment, ça se passait bien.
Jusqu’à cette reprise de Man Gave Names to All the Animals, la chanson de Bob Dylan qui évoque le passage de la Genèse où Adam attribue un nom aux animaux.
Sentant que son côté répétitif risquait d'étioler le mol enthousiasme de la salle, je me suis mise à marquer le rythme aux refrains en battant des mains au-dessus de ma tête.
C’était une très bonne idée : tout le monde s’est aussitôt laissé entraîner…

Sauf que…

…s'est aussi laissé entraîner mon soutien-gorge autoportant à poitrine intégrée qui a glissé jusqu’à mon nombril au moment précis où je me demandais soudain à quand remontait ma dernière épilation des aisselles et si chanter et gesticuler en même temps ne me causait pas des problèmes de désynchronisation et de justesse.

Et c’est là qu’intervient la désinhibition.
J’aurais pu feindre une syncope, quitter la scène, fondre en larmes, baisser les bras (ha ha).
Eh bien non.
N’écoutant que ma désinhibition, pendant toute la durée de ce mini-psycho-drame-personnel-secret, j’ai continué à chanter en tapant dans les mains bras levés et à mimer les animaux tout en ponctuant chaque couplet de leurs cris respectifs.

Le problème de cette chanson, c’est qu’elle est interminable.

Pour le bruitage du taureau, j’ai été moyenne.
Pour le mime du cochon aussi.
Pour la vache, j’étais parfaite.

N'empêche, j’ai bien aimé la scène ouverte.
La prochaine fois, on pourrait faire "L'arche de Noé" de Nino Ferrer.

12 décembre 2006

la ligne de partage des zoos

- Tu te rends compte, c’est incroyable : on sait désormais récupérer dans le sol l’énergie que l’homme libère en marchant.
- mm ?
- On pourra même bientôt générer de l’électricité à partir des vibrations qui existent naturellement dans les bâtiments.
- mmm…
- Évidemment, il faut encore mettre au point des systèmes de stockage de cette énergie.
- mmmm.
- Le mouvement humain peut produire assez d’électricité pour alimenter les lieux publics, c’est fabuleux, non ?
- mmmmm !
- Mais tu imagines dans les salles de sport, par exemple ? Ou pendant un match de basket ! C’est fascinant, toute cette énergie autoproduite gaspillée qu’on va pouvoir exploiter.
- mmmmmm…
- Ils sont en train de travailler sur un mécanisme à manivelle destiné à alimenter le fameux ordinateur portable à 100 $ censé apporter le PC aux enfants des pays en développement.
- mmmmmmm.
- … mais…
- mm ?
- ...
- ?
- Incroyable… ça ne t’intéresse pas… ?!
- Mais si bien sûr je rêve d’un grand débat avec toi et qu’on partage notre émerveillement sur le progrès qui n’est pas que dévastateur malgré l'invention du moteur à explosion et qu’on récupère l’énergie produite par les talons des gens qui dansent dans les boîtes de nuit et qu’on trouve des lueurs d’espoir dans l’humanité et que youpi la vie est belle, mais moi aussi je lis, là, et ça fait douze fois que je reprends au début l’avant-dernière page de mon polar !

27 novembre 2006

rêve messianique

J’ai failli souffrir.
Ou plutôt chanter ma souffrance,
front plissé et tourmentée,
dos courbé, émerveillée
par les aveux inspirés
de quelques orfèvres 
en la matière,
qui savent que dans souffrir il y a rire...
que dans soupir il y a pire...
que dans...

Puis elle m’est apparue.
Elle était plutôt du genre rayonnante.
Et elle m’a dit d'une voix douce et claire :
"Quand viendra le chaos, je serai messagère de l'espoir."

Dans ce rêve, elle, c'était moi.

Depuis que j'ai cette housse de couette à grosses fleurs kitsch multicolores, mes rêves ne sont plus les mêmes.

Aussi,
au titre de messagère de l'espoir,
je choisis de citer Bernanos et sa phrase que j'érige en profession de foi, juste à côté de mon Tout est possible universel et préféré :

L'espérance est un risque à courir.

14 septembre 2006

la complexité du complexe

Quand j’étais petite, je croyais qu'une fille était obligée de s’habiller en dame à partir d’un certain âge. Tailleur, rouge à lèvres, escarpins, mise en plis... une panoplie de femme. L'horreur.

Plus tard, j'ai découvert que non : ce sont de grandes étapes fondatrices qui font qu’une fille se sent une femme.

Pas forcément le premier garçon, bizarrement.

Il y a aussi…
Le jour où on entame sa première plaquette de pilule.
La première épilation.
Le premier jour de travail payé.
Le première fois qu’on met des talons hauts.
Un certain regard d’un certain homme.
Le premier bébé.

Ou…

La fin d’un complexe.

J’ai été adolescente à une époque bénie pour les filles comme moi. Jane Birkin, encore merci.
C’était trop beau pour durer : plus tard, il y a eu Eva Herzigova, Adriana Karembeu et l’effet Wonderbra, " très audacieux, rapproche les seins et sublime le décolleté ".

J’avais aussitôt testé, naturellement.
Malgré un résultat non négligeable, en matière de sublimation, rien d’aussi spectaculaire que ce que me laissait espérer l'investissement.

Maintenant je sais pourquoi.
C’est une question de vêtement.

Je suis tombée l’autre jour sur un petit cache-cœur tout bête.
Tout simple.
Mais tout décolleté.

Alors j’ai chaussé mon Wonderbra.

Regardez-moi bien dans les yeux.
Je suis quelqu’un d’autre.
Je suis une femme.
Une femme hyper sexy, une femme qui n’a peur de rien, une femme sublimée qui traverse la vie et les rues de sa ville en propulsant avec un crâne aplomb son vertigineux décolleté plongeant et pigeonnant.

Une femme comme vous en croisez des milliers dans la rue.

(Sauf que d’habitude, ce n’est pas moi.)

Quelqu’un d’autre, je vous dis.

Enfin… presque quelqu’un d’autre : mon magicien de la vie m’a reconnue tout de même.
Content.
Juste ce qu’il faut.
Pas au point d’être consterné par l’inéluctable perspective du soufflé dégonflé la nuit venue.

Mais pour une raison mystérieuse, quand j’ai pris mon panier pour aller au marché il a ouvert des yeux ronds.

Et m’a dit :

" Tu ne vas pas sortir comme ça ? "

09 mai 2006

sagesse et malice

Il y a fort longtemps, on envoyait les enfants chez de grands maîtres pour leur éducation, et surtout pour apprendre les grands secrets de la vie. En ces temps anciens, pour fabriquer un miroir, on prenait une vitre et on passait une couche d’argent derrière.
Nasreddine avait un disciple qui l’accompagnait depuis de longues années. Un jour, l’élève dit :
- Maître, voilà sept ans que je suis ton disciple. J’ai appris à lire, à écrire, à compter et beaucoup d’autres choses ; mais jusqu’à maintenant tu ne m’as donné aucun secret de la vie. Je crois que je suis prêt à en recevoir un aujourd’hui.
- Bien ! lui répondit Nasreddine. Mets-toi devant la fenêtre, regarde à travers la vitre et dis-moi ce que tu vois.
L’élève se mit devant la fenêtre et regarda.
- Je vois la rue et son animation, des hommes, des femmes, un enfant, des magasins, un âne qui passe… enfin, je vois la vie.
Nassreddine posa un miroir devant son disciple.
- Et maintenant, que vois-tu ?
- Je ne vois que moi-même, que veux-tu que je voie d’autre ?
- Justement ! répondit Nasreddine. Tu as regardé deux vitres, mais derrière la seconde, il y a de l’argent…

Extrait de Sagesses et malices de Nasreddine, le fou qui était sage, de Jihad Darwiche et Pierre Olivier Leclerc (Albin Michel).

Hé hé.
J'adore.

Et je ne comprends pas pourquoi les mésaventures de Nasreddine Hodja, antihéros populaire et mythique tour à tour paresseux, peureux, génial, idiot, absurde, menteur, roublard, paillard, juste et impertinent (bref, humain ?) sont soi-disant destinées à la jeunesse...

24 avril 2006

Jean-Marie Gustave Le Clézio

Ce n’est pas normal.
Il faut que cette rencontre ait lieu.

- Quoi ? Tu n’as jamais lu Le Clézio ?
- Si, si, j’ai lu l’Africain, qu’on m’avait offert.
- Et tu n’as pas aimé ?
- Ben… ça m’a un peu ennuyée, je ne sais pas trop pourquoi. J’ai eu l’impression de… comment dire ? Un bon petit plat mais auquel il manquerait un ingrédient. Ou peut-être au contraire un tas de bons ingrédients mais composant un plat fade.


...

Alors quand je suis tombée sur son premier roman dans le carton d’un vide-grenier (édition originale, ces livres qu'on découpait au coupe-papier, l'odeur de l'écriture d'avant, les feuilles poreuses comme un buvard, imbibées des émotions de lecteurs précédents...), je me suis dit tiens ça y est, pour la rencontre c'est le moment.
" Le Procès-verbal ".
Il l’a écrit à vingt-trois ans.
À l'époque je venais de naître et il y avait encore plein de choses que je ne connaissais pas.

(Contrairement à maintenant, où la vie n'a plus aucun secret pour moi.)

(À l'exception de J.M.G. Le CLézio.)

Allez.
J.M.G. Le Clézio.
Le Procès-verbal.

Je lis la préface de l’auteur.
Erreur.
Deux pages de mises en garde, recommandations et avertissements (ex : il ne faut pas juger ce livre ampoulé, même si " Il se peut qu’il pèche par excès de sérieux, par maniérisme et par verbosité.")

Hmmmmm.

Carrément réfrigérant.
Qu'est-ce que je fais?
...
Du nerf, c'est quand même ma rencontre avec J.M.G. Le Clézio.

Je commence.

(...)

J’aime bien les trois premières lignes et le nom du héros.
Adam Pollo.
Ça sonne bien.
Adam, le premier homme.
Pollo, le poulet. Le coup de l’œuf et la poule.

(Car après une préface pareille, je présume que ce nom de famille est réfléchi, je sens que J.M.G. Le Clézio ne laisse rien au hasard.)

Donc j’aborde avec optimisme la quatrième ligne.

...

............vvouffououououvvvvououououvvvvffff..............

(petit vent de panique qui ébouriffe le lecteur de ce blog)

...

Eh, ne partez pas !
Vous ne croyez tout de même pas sérieusement que je vais explicationner-de-texte chaque ligne du roman !

Aucun risque.
Ne serait-ce que parce que...
arrivée en bas de la deuxième page, je me rends compte que je n’ai rien écouté de ce que je me suis lu.

Je me suis réjouie du radieux bleu des cieux des derniers jours, j’ai repensé avec plaisir à " Une vie française ", que je venais de terminer, j’ai entendu la cloche sonner cinq coups (pourtant ces moments de lecture gagnés grâce à l’insomnie sont d'habitude les meilleurs), j’ai pensé à des gens que j’aime, je ne saurais pas dire vraiment comment a dérivé mon esprit dès la quatrième ligne du Procès-verbal de J.M.G. Le Clézio, mais je n’ai rien suivi.
(Incroyable, cette faculté qu'ont nos yeux de lire des mots, des paragraphes, des pages entières, alors que tout le reste de notre conscience vaque tranquillement à autre chose.)

Sans la préface, j'aurais peut-être relu les deux pages.
Fatale préface.

Alors je me suis levée.
J’ai allumé l'ordinateur.
Et je suis là, en train de me dire que non, ma rencontre avec J.M.G. Le Clézio, ce n’est encore pas pour cette fois.

(Mais si un lecteur consterné tient absolument à me conseiller un titre…)

31 mars 2006

J’ai le bras long, moi, m’sieurs-dames

Eh ouaip !
Parce que figurez-vous que j'ai obtenu le Prix Spécial de Zi Jury au concours d’emery les deux font la paire.

Un grand merci à emery et à Zi Jury : maintenant grâce à vous, les deux font la fière.

Ha ha !

(Hem…)
(Bon, d'accord, pas terrible, hein…)

Et au fait, bravo aux vrais gagnants, qui l'ont bien mérité.

Reprenons.

Chers amis, si vous aussi, vous rêvez secrètement d’un Prix Spécial de Zi Jury, voici quelques tuyaux :
Trouver dans un lieu tranquille un lit (c’est plus confortable) ou tout autre espace horizontal assez solide pour accueillir deux têtes.
Y poser une première tête (la vôtre ?) ainsi que celle de l’autre moitié de la paire (fille adorée, fils chouchouté, mari, femme, amant, amante, mère, père, maire, paire...)
Allonger votre bras le plus long au-dessus de vos deux têtes.
Attention, si comme moi vous êtes équipé d’un appareil photo rudimentaire à écran non inclinable, croiser les doigts pour obtenir un cadrage adéquat.

(Si le cadrage est raté, recommencer en croisant de préférence les doigts de la main qui ne tient pas l’appareil photo.)

Et maintenant, à propos de paires, allez vite lire ce petit bijou qu’est Pourquoi j’ai mangé mon père, de Roy Lewis.
Détail intéressant, le titre anglais dit comment et non pourquoi : The Evolution Man, or How I ate my Father.

(Je vous le précise parce que c’est quand même bien pratique de savoir comment procéder si jamais l’envie vous prenait de manger votre père…)

...
...
...

(Et sinon, vous connaissez l'histoire de ce père dont le gamin a un cochon nommé Guerci ?)

A - Vous la connaissez.
Vous pouvez partir, je vous souhaite un joyeux week-end.

B - Vous ne la connaissez pas/vous l'avez oubliée/vous êtes vraiment très gentils avec moi.
Je vous souhaite un joyeux week-end aussi.

Voilà.
Le problème, c'est que Guerci sent mauvais. Alors un jour, le père du garçon décide de s'en débarrasser en l'offrant au zoo. Résultat : et l'père y colle au zoo c'porc d'Guerci.

Si cette leçon d'italien gratuite vous a fait sourire, c'est une grande chance car cette blague minable a à peu près soixante-quatorze ans, les générations TGV ne peuvent pas la comprendre et en plus je suis nulle en racontage d'histoires drôles.

Je ne sais pas ce qui me prend, c'est la faute à emery, ce SPÈCHEULE PRAÏCE, ça me monte à la tête !

22 mars 2006

Il faut dire aux gens qu’on les aime

C’était il y a longtemps.
De la fenêtre je regardais dehors ; j’entendais vaguement, sans les voir, le couple de voisins qui dînaient dans le jardin de leur pavillon.
C’était l’été : le soir en rentrant du travail, ils dînaient dehors.
Des cliquetis de couverts.
Un murmure de conversation.
Tendre harmonie.
Des chouettes voisins. Une cinquantaine d’années, les enfants grandis, partis.
On se connaissait bien.
Je les aimais beaucoup.
Et je les enviais.
Pas de tendre harmonie entre mon homme et moi.
Pas d’affectueux bavardage autour du dîner.
Dresser un couvert pour deux, comme ça, à l’heure du dîner, que c’est bourgeois.
(Ou beauf, je ne sais plus. Parfois, quand l’anti-conventionnel devient un parti pris, des nuances m’échappent. En tout cas, dîner à table, c’est mal, c'est pas hors-la-loi.)

Alors le soir, " à l’heure du dîner ", je me mettais à la fenêtre.
J’avais élevé ce repas à un rang symbolique. C’était ce que j’attendais d’un couple. Et ce que je ne connaîtrais jamais. Dîner dehors en amoureux, parler doucement. Se raconter des petites choses.
J’avais une boule dans la gorge. Je voulais partager des cliquetis de fourchettes, je voulais un bavardage affectueux.
Je me sentais… abandonnée.
Exclue.
Je ressassais
l’amère nostalgie de ce qui aurait pu être.

Parfois, je me disais " si ce soir ils dînent encore dehors, je m’en fous, je m’en vais ".
J’étais totalement idiote.
Ils dînaient dehors.
Et je ne m’en allais jamais.

Un jour, pourtant, je l’ai quitté.
C’était l’automne.
Après treize ans de bon et de pas bon.
Et deux enfants formidables.
Mais plus de larmes que de rires.
Plus de solitude que de partage.

Brutale cassure.
Horrible décision, sordides déchirures.
Et, exacerbée,
l’amère nostalgie de ce qui aurait pu être.

(…)

Il y a bientôt dix ans, un homme a bousculé ma vie.
Tous les jours, depuis bientôt dix ans, il me dit qu’il a de la chance.
Mais tous les jours, depuis bientôt dix ans, c’est moi qui ai de la chance.

Parce qu’il me veut comme je suis et il me veut avec lui.
D’un seul mot il désamorce mes bêtes humeurs.
Son énergie est solaire et solide.
Sa confiance fait que rien n’est jamais insurmontable.
Sa main épouse ma fesse.
Son rire inspire le mien.
Son regard me rend invincible.
Il m’a donné une petite fille.

...

Oui, vivre avec quelqu’un peut être facile.

Maintenant, je le sais.
C’est pour ça que je l’appelle
mon magicien de la vie.

Il faut dire aux gens qu'on les aime.

04 mars 2006

Comment je me la pète en cuisine

Pour vous, rois et reines de la frime et du bluff culinaires, voici deux recettes incroyables de mon registre " rapide et efficace" :

 

La soupe glacée de betterave :

(Comme son nom l’indique, elle est froide : pas besoin d’une cuisinière Godin.)

Dans un moment d’égarement, vous avez acheté des betteraves cuites. Depuis, elles hantent le frigo. Ou le placard, si elles sont sous vide, car cet étonnant ingrédient semble se conserver indéfiniment à température ambiante, ce qui déjà est suspect.

Et en plus elles vous narguent. On le savait pertinemment, qu’on n’allait jamais leur fourguer des betteraves-vinaigrette alors que deux (de nos) enfants sur trois sont dégoûtés rien qu’à la prononciation du mot. Ça devait encore être une de ces périodes " varions les menus " ou " c’est ça ou ils vont se coucher sans dîner ".

 

Exhumez donc vos deux-trois betteraves cuites. Passez-les au mixeur pour soupes avec une pomme épluchée, une cuillerée à café de moutarde (ingrédient obligatoire), un ou deux yaourts, quelques gouttes de tabasco, de la crème fraîche liquide (on a complètement le droit car malgré son goût sucré, la betterave est peu calorique), 2 cuillères à soupe de miel, un bouillon cube émietté. Et ajoutez un peu d’eau car à la base, l’idée c’est une soupe et pas une purée flasque. En été, au lieu d'eau, ajouter de la glace pilée.

 

Réfrigérer une ou deux heures si possible, c’est meilleur bien frais, dans un joli récipient transparent qui permettra d’en admirer la couleur.

(Moi je sers toujours les soupes, chaudes ou froides, dans des carafes.)

 

On peut sûrement aussi relever l’affaire avec des épices (curry?), se passer de miel, ajouter quelques traits de vinaigre balsamique ou de sauce soja douce, remplacer la pomme par une poire, ajouter un zeste de citron, un petit fenouil, un quart de concombre épluché, etc.

 

Car bien sûr, ce qui nous intéresse dans cette soupe ce n’est ni son goût ni sa valeur nutritive, mais sa spectaculaire couleur.

Il se trouve que par hasard elle est délicieuse et insolite, ce qui est une aubaine.

 

 

(Ça me donne quelques idées de déclinaisons chromatiques que je pressens redoutables culinairement…)

 

Ceux qui se sont intéressés à nos épisodes créatifs de vrai faux travertin constateront que finalement, nous avons opté pour le plan de travail en bois, ce qui jure malencontreusement avec la soupe, et crédence en zinc...

 

N.B. Riche en fer et en phosphore, la betterave rouge, diurétique, tonifiante, reminéralisante, augmente la capacité de résistance de l'organisme. Indiquée dans les cas d'asthénies, les convalescences, les états de déminéralisation. Ses fibres sont abondantes pour la lutte contre la paresse intestinale.

(Je me demande dans quel délai je le recevrai, mon chèque du syndicat de la betterave potagère…)

 

Tout en vous émerveillant devant cette rose composition que vous aurez envie de parsemer de ciboulette, coriandre ou basilic ciselé, vous penserez alors avec jubilation et gratitude qu’elle séduira les plus réfractaires aux protéines végétales, aux fibres et aux oligo-éléments.

 

Erreur.

 

Total fiasco chez les jeunes.

Monumental succès en revanche auprès des gens normaux un brin audacieux.

 

                                            * * *

 

L’autre recette, super-fastochissime, est vraiment pour les grosses grosses feignasses.

C’est une variante du velouté-de-courgettes-vache-qui-rit.

 

Découper en larges rondelles quatre belles courgettes lavées et, si elles sont bio, même pas épluchées. Recouvrir tout juste d’eau et d’un bouillon cube. Faire cuire jusqu’à ce que les courgettes soient molles (selon l’ardeur de la Godin, ça peut prendre entre cinq minutes et deux jours et demi). Puis, mixer avec la moitié d’un reste de chèvre long jusqu’à obtenir une consistance veloutée.

 

Et c’est fini.

Si-si-si, c’est fini !

 

Evidemment, on peut aussi ajouter dans la casserole un ou deux oignons, du fenouil, un petit blanc de poireau, un reste d’épinards à la crème ou quelques poignées de haricots verts (surtout si on n’a pas de courgettes).

Car l’ingrédient par qui survient le bonheur papillaire, c’est le chèvre.

À défaut, un reste de fromage à raclette fait très bien l’affaire et c’est idéal pour s’en débarrasser parce que franchement, qui va ressortir tout le bazar à raclette pour quatre ou cinq morceaux pré-découpés qui finiront plus vraisemblablement soffoquant dans leur cellophane jusqu’à ce que nos complexes d’Occidentaux nantis soient étouffés par un racornissement ou une moisissure justifiant enfin qu’on les donne au chien.

Moi je préfère le chèvre.

On peut saupoudrer d’un peu de paprika, pour le visuel.

Mais à force, la recette ne tient plus en trois lignes et perd ce chouette côté frime qui est quand même ce qui m’intéresse essentiellement ici.

 

Mise en garde :

Certains risquent de vous admirer pour cette colossale réussite parce que là vraiment, c’est trop succulent et trop super-fastochissime.

D’autres de vous haïr, pour les mêmes raisons.

Et quelques-uns ne vous verront plus jamais du même œil, ceux qui trouveront secrètement ou explicitement immonde cette soupe au goût original…

 

                                            * * *

 

J’avais dit deux recettes incroyables ? J’en ai encore une.

Celle-ci, je ne l’ai pas inventée. Mais attention : danger.

Jean-Pierre Coffe, fuyez, c'est à s'apoplexier : il y a les mots micro-ondes, en boîte et chimique à quelques lignes d’intervalle.

Même moi, j’en ai des frissons dans l’échine de tout ce culinairement incorrect.

Pourtant je suis bien obligée d’admettre… que ce délicieux gâteau à l’ananas est prêt en un quart d’heure cuisson comprise et se cuit exclusivement au four micro-ondes.

 

C’est immonde, je sais.

Amoral.

Et si ça se trouve, même pas légal.

 

Mais c’est INCROYABLE.

 

1) Le caramel : 

Inratable : mettez dans un plat en pyrex 70 g. de sucre + 3 cuil. à soupe d’eau. Faire caraméliser au micro-ondes pendant 4 minutes environ. Disposer au fond du plat quelques rondelles d’ananas en boîte.

 

2) Le mélangeage :

Mélanger 150 g. de sucre, 70 g. de farine, 1/2 sachet de levure chimique, 3 œufs et 150 g. de beurre ramolli. Ajouter le reste de la boîte d’ananas égoutté débité en petits morceaux (conserver le jus).

 

3) Le versage :

Verser le tout dans le plat et cuire 8 minutes au micro-ondes.

(Si le couteau ne ressort pas sec, changez de micro-ondes.)

(Ou de couteau.)

(Ou lamentez-vous.)

(Ou plaignez-vous à moi.)

 

4) La démoulation :

Démoulater chaud, laisser refroidir et arroser en plusieurs fois avec le jus d’ananas restant.

 

5) Le bonheur :

C’est bon, c’est joli, et quand quelqu’un débarque à l’improviste et trouve 1/4 d’heure plus tard un gâteau tout prêt, il est BLUFFÉ.

 

Ce qui par moments, dans la vie, est une frivole mais vaste satisfaction.

 

Et maintenant… bon appétit.

 

Et soyez forts : vous vous apprêtez à mettre en péril une réputation de cordon bleu, voire des amitiés de trente ans.

 

Car contrairement à la croyance populaire, les goûts et les couleurs, ça se discute.

18 février 2006

Une jolie route mouillée par la pluie

C'est une jolie femme au sourire rayonnant.
Elle vit, elle a des projets, elle parle aux enfants dans la voiture.
Un virage.
Elle vit, elle a des projets, elle parle aux enfants dans la voiture.
Ça glisse.
Elle vit, elle a des projets, elle parle aux enfants dans la voiture.


Il a suffi d’une minute.


Elle souriait, vivait, parlait, elle avait des projets,
Et maintenant elle n’est plus là.

POURQUOI ON ROULE SI VITE, MERDE, POURQUOI ON ROULE SI VITE ? ? ?





(commentaires fermés)

08 février 2006

Pourtant, le message était clair

J’avais surligné un court passage en jaune fluo avant de poser la page sur son bureau pendant qu’il n’était pas là.
Ça me prend épisodiquement. Parfois à la quatorzième bouteille de Salvetat dressée à côté du lit, parfois au mille deux cent trente-septième CD laissé hors de sa boîte. Parfois à la première chaussette qui traîne.
C'est irraisonné.
Il n’y a pas de règle.
Pas de justice.
Là, ça m’avait pris.

Je trouvais que le message était clair.
Deux lignes jaune fluo d’un article sur le Feng Shui dans une page de magazine. Du petit lait à mon moulin : des propos dont l'aspect alarmiste allait lui sauter aux yeux. Quelque chose comme " Le désordre est un signe de stagnation psychologique fatal. Votre regard doit impérativement se poser sur un univers ordonné et reposant sous peine d'enfer éternel pour vous et sept générations de vos descendants ".

Oui, très clair. Ça ne pouvait plus durer. Preuve irréfutable, même les magazines abondaient dans mon sens. Mon indignation devenait légitimée.

Voici ce qu'il m'a répondu :
" Merci ma chérie, très intéressant, cet article sur ce nouveau lecteur-enregistreur dvd/divx avec disque dur. "

Comme quoi, quand on veut vraiment se tromper de colonne...

Pouf... retombée comme un soufflé crevé, ma noble et vertueuse indignation.

Mais le pire, c’est que maintenant, plane sur notre foyer et notre carnet de chèques la menace d’un lecteur-enregistreur dvd/divx avec disque dur.

Au secours !

11 janvier 2006

Mélimélomane

Il est grand.
Il est brun.

On pourrait trouver que ça commence plutôt bien.



Mais en fait non.

Car en travaillant, il écoute Radio Nostalgie.
Très fort.
Et il chante.
D’une façon remarquable.

Ce qui est remarquable, c’est qu’en écoutant Hissez haut Santiano, il ne chante pas Hissez haut Santiano.
Non.
Il chante L’Aigle Noir.
Puis il chante Santiano en écoutant Michèle Torr. Puis Emmène-moi danser ce soir en écoutant L’Auvergnat…

C'est fascinant à observer. Comme qui dirait une sorte de désynchronisation acoustico-orale. Sûrement un cas très intéressant pour des étudiants en neuropsychologie.

Le gloussement va fuser, vite je me mords les lèvres, m'immerge dans mon livre. Les mots dansent, je n’essaie même pas de lire mais si je continue à le regarder je vais imploser.

Et soudain…

Le voilà qui cesse de chanter. Il lève les yeux vers moi. Il va dire quelque chose. Me dire quelque chose. Oui, ça y est, il me parle.

Mais sans baisser le volume de la radio, ni hausser la voix pour couvrir les publicités et la pompe à salive, ni retirer son masque.

De sorte qu’on n’a aucun moyen de savoir si gromblum-mchmeifgolsnm-mslodgglj-bkmomfpl prononcé en fronçant un sourcil signifie qu’il est affligé par le temps qui se gâte, par la sélection de Radio Nostalgie ou par la monstrueuse carie qu’il découvrirait dans la bouche de votre enfant à l'occasion de ce bilan bucco-dentaire ("Non, mon chéri, le monsieur ne t’en offrira pas, des pistaches, c’est un dépistage bucco-dentaire").

Car cet homme grand et brun est dentiste.
(C’est même notre dentiste, depuis qu’il a réimplanté dans une de nos bouches une dent malencontreusement expulsée, et qu’elle tient toujours.)
(La dent.)
(La bouche aussi, merci.)

" Pardon ? " dis-je en avançant la tête, plissant les yeux, fronçant les sourcils, tendant l'oreille, grimaçant divers indices aussi disgracieux qu'éthologiquement corrects signifiant implicitement un contexte sonore défavorable.

Trop tard.
Déjà, la publicité est terminée et il recommence à chanter.
L’Auvergnat.
En écoutant No milk today.

Je baisse les yeux sur mon livre.

Et là, il a bien fallu que ça sorte.

Le dernier roman de Franck Pavloff n’est pas vraiment drolatique; ça vous mettrait plutôt le sanglot à fleur de tripes.
Alors éclater franchement d’un fou rire sauvage en lisant Le pont de Ran-Mositar, à mon avis c’est rarissime.
Je pense même que cela ne s’est jamais vu.

Sauf chez notre dentiste.

" Ça a l’air rigolo, votre bouquin ", m’a dit l'homme grand et brun qui aimait la nostalgie désynchronisée et les romans désopilants.

Je lui ai noté les références.

J’espère qu’il ne sera pas trop déçu...

01 janvier 2006

une goutte d'eau

Il y aura toujours une goutte d'eau pour durer plus que le soleil sans que l'ascendant du soleil soit ébranlé. René Char.

Il y aura toujours un 31 décembre pour durer jusqu'à minuit sans que l'arrivée du 1er janvier soit retardée. Moi.

(On sent tout de suite la poétesse, hein.)

À vous qui passez, par hasard ou par envie,
vous que je connais peu,
ou pas,
ou mal,
ou bien,
je souhaite une bonne année 2006.
...

Au fait, c'est quoi une bonne année ?

21 décembre 2005

Associations-nous les uns les autres

Un coup d’œil sur les statistiques de ce blog en sommeil me confond : malgré mon silence, vous êtes incroyablement nombreux à venir le visiter chaque jour.
Merci de cette fidélité imméritée. Je vous adresse une amicale pensée.

Toujours pas le temps d’écrire en ce moment, mais je trouve celui de remplir mon contrat avec Emery, dont le concours Gribouille-toi est terminé.
L'association gagnante s’appelle l’Association du Syndrome de Benjamin.

J’ai une grande chance :
Pour moi, l’amour c’est simple.
Je sais que je suis une femme.
Je sais que j’aime les hommes.

(Enfin, un, surtout…)

Et déjà,
quand c’est simple,
ce n'est pas simple.
Alors pour les autres…
Ceux qui ont des difficultés d’identité sexuelle, qui souffrent de doutes, questionnements, solitude, interrogations, préjugés...
Créée en 1994, l’Association du Syndrome de Benjamin s’occupe de la question "transsexuelle". Réunions, informations, permanences téléphoniques, soutien psychologique, orientation vers des professionnels spécialisés, réunions spéciales familles, publication trimestrielle (l'IDentitaire), marche annuelle (l'ExisTrans) le 1er samedi d'octobre, participation à des colloques, conférences, débats, participation à la recherche...

Bravo Emery, bravo le jury, bravo à Transs pour sa photo qui illustre si bien le syndrome de Benjamin, bravo à toutes les associations pour leur formidable travail.

Et je reviens dès que possible.
En attendant,
consciencieusement,
tous les matins,
je me lève
du pied droit
(on ne sait jamais).

17 novembre 2005

Gribouille-toi

Avec lui, on est sûr d’être toujours à son avantage.

Des bonnets sur la tête, des trucs dans la bouche, le monde au bout du visage, la grimace pour la galerie...
Avec tous ces gens qui regardent.
Si c’est pas gênant...



(Pas facile de cadrer une photo à bout de bras en louchant...)

Et voilà que ça recommence.
Emery a encore frappé.

Mode d'emploi :
1) Se gribouiller la face.
2) Choisir une association humanitaire.
3) Gagner.

Ça s’appellera un " bloguadonspace ", le but étant de donner de l'espace d'expression à l'association gagnante. Un jury très sérieux se réunira pour choisir quelle photo soutenant telle ou telle association gagnera. Ladite association fera l'objet d'une note chez tous les participants.

Justement, pour participer, c’est là que ça se passe. Vous avez jusqu’au 19 décembre.


D’après Emery, ça prend dix minutes.

...

(D'après Emery.)

...

Et parce que deux enfants que j'adore ont trouvé grâce à elle des parents formidables, l’association que je soutiens s’appelle Kasih Bunda France, Amis des Enfants Sans Famille. Kasih Bunda signifie " amour maternel " en indonésien.

Moi je dis :

À force de relier des points,
on finira bien par arriver
quelque part...



Et puis aussi, dans la série gribouillage...

08 novembre 2005

Concept

Mais si, je t’assure, c’est fabuleux ! (lui, enthousiaste.) Ils faisaient ça autrefois, au Portugal.
- Ah ? Autrefois ? Au Portugal ? (moi, sceptique.)
- Mais oui. Tu mets ta marmite sur la cuisinière, tu jettes quelques légumes, éventuellement un bout de lard et ça te fait une soupe formidable qui mijote toute la journée.
- Toute la journée ?
- Oui, comme ça s’il y a des pauvres qui passent, tu as toujours un bol de soupe à leur offrir.
- Un bol de bouillon, tu veux dire (je n'ose pas ajouter "de culture"). Ou un bol de légumes.
- Non, parce que comme ça cuit sans interruption tout l’hiver, les légumes fondent et ça donne de la soupe, même pas besoin de mixer.

...

" Tout l’hiver. "


...HEIN ?

- TOUT L’HIVER ?
- Oui, mais tu reremplis la marmite au fur et à mesure qu’elle se vide et ta soupe se renouvelle en permanence.

(...)

Mon magicien a un concept : La soupe qui mijote sans interruption tout l’hiver pour les pauvres de passage.
Ou pour les gens pas forcément pauvres mais qui ont envie d’un bol de soupe à un moment ou à un autre de la journée.
Ou pour les gens de passage qui ont froid.
Ou pour les amis, à la place d’un café.
Ou même pour nous ?



Ce qui se passe, c’est qu’on a trouvé une cuisinière Godin dans la rue. Incroyable. La cuisinière à bois sublime avec ses quatre plaques à rondelles en fonte, son four, son robinet d’eau chaude… Elle avait l’air un peu marronnasse pas terriblasse, comme couleur, quand on l’a vue comme ça dans un renfoncement d’une jolie petite rue de Cucuron, mais quand on rêve d’une cuisinière à bois Godin chez soi et qu’on trouve une cuisinière à bois Godin dans la rue, on ne va quand même pas critiquer le marronnasse, hein ?

Surtout qu’il ira très bien avec notre carrelage mochasse.

C’était le soir. Tout excités, on remonte la voiture dans une petite rue en pente au péril de sa carrosserie, jusqu’à la cuisinière. Qu’on traîne laborieusement face au coffre.
Lourd.
Trop lourd.
On n’a jamais réussi à la hisser dedans.

Le lendemain, il fait jour.
On y retourne, parce qu’on est opiniâtres. En sonnant aux portes voisines pour se renseigner, on apprend en fait que la cuisinière, " oui, c’est à moi, j’allais m’en débarrasser, peut-être la revendre… à vrai dire, 100 euros ça m’arrangerait bien en ce moment… "
GLOUPS. Alors en fait, on allait la VOLER ? Et comment n’ont-ils pas entendu le raffut hier soir quand on a traîné ce bazar en fonte sur deux mètres ?

Depuis, on nous a appris que les mêmes modèles se fabriquent toujours et valent, neufs, 2 800 euros.

Enfin voilà, maintenant, la cuisinière est en place. Elle est magnifique. Il lui manquait juste la tringle autour, qu'on a bricolée avec du tuyau de cuivre de plomberie, on dirait qu’elle a toujours été là.

La marmite aussi est en place.

Sauf que…
Pour en revenir au concept…

Le problème, c’est qu’on ne maîtrise pas complètement encore toutes les subtilités de chaleur, d’ouverture et de fermeture des clapets divers régulant la température.
Donc… il fait à peu près 48°C dans la cuisine et la soupe depuis deux jours ne mijote pas.
Elle bout.
À gros bouillons.
Sans interruption.

Ce soir, personne n’est passé nous voir à l’improviste.
Dommage.
Parce qu’il reste une bonne demi-marmite de soupe.
Pourtant c’est le troisième repas qu’elle nous fait.


Cet hiver, on n’aura pas froid.
Cet hiver, on n'aura pas faim.
Cet hiver, on a la Godin.

25 octobre 2005

De soupir en pire

Le problème, quand on chante dans une chorale, c’est qu’on apprend des chansons.

Enfin, ce n’est pas exactement le problème parce que c’est quand même un peu pour ça, au départ, qu’on s’inscrit à la chorale.

Non.

Le problème, c’est plutôt qu’après chaque répétition, on garde toute la journée dans la tête le dernier air travaillé.

Encore que ça, ce ne soit pas trop embêtant non plus.

Non.

Le pire, c’est qu’on le fredonne.
Toute la journée.
Voire toute la semaine.
Le même air.

Pire que pire : on le chantonne.
En massacrant les paroles, bien sûr.
Toute la journée.
Voire toute la semaine.

Et le pire du pire que pire, c’est qu’on en a déjà oublié la moitié, donc en fait on ne chantonne que le petit passage dont on se souvient.


Tout ça, sans s’en rendre compte


Or, un chœur de révolte de femmes italiennes travaillant la terre fredonné par un solo de femme française dans un salon ou une salle de bains, c’est peut-être bien le pire du pire du pire que pire.

(Ah oui, au fait, j’ai changé de chorale.)

(…)

Et puis un soir, au moment de se coucher, un magicien de la vie vous demande :
" Alors en fait… tu connais une seule chanson, en tout ? "

Moi je dis, qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça, J’AI TROP DE CHANCE.
Parce qu’au lieu d’un soupir il m’adresse un sourire,
et parce que le sourire, il est sincère.

...

Euh... je crois ?

08 octobre 2005

Firmin

Il s’appelait Firmin.
Firmin Mattei.
Moi je l’appelais monsieur Mattei.
On se croisait devant les boîtes à lettres de notre petit immeuble de la rue des Plantes. Il était adorable. D’ailleurs je l’adorais.
Il voyait très mal alors je le raccompagnais chez lui et je lui lisais son courrier. Il n’en avait pas souvent. De rares cartes postales et quelques paperasses. Je rangeotais son studio, je mettais des pièges à cafards.
On parlait un peu.
Parfois, il me faisait un café. Il le gardait dans une boîte en fer Fauchon.
- Wow, monsieur Mattei, du café Fauchon, c’est la classe, je lui disais pour rigoler.
Parce que je savais bien que le café, dedans, il ne venait plus de chez Fauchon depuis longtemps.
Un jour, il m’a donné sa boîte. Elle n’était même pas vraiment jolie, une vieille boîte cylindrique gris et marron avec marqué Fauchon, mais je l’aimais bien, et c’était moi maintenant qui rangeais mon café dedans.

Quand son fils venait le voir, il me remerciait de lui lire le courrier. Un jour il m’a demandé ce que je faisais, dans la vie, à part être gentille avec un vieux voisin.

- Je traduis des livres.
- Ah ? Justement, mon meilleur ami est traducteur, vous le connaissez peut-être.
- Euh, vous savez, on est nombreux, on ne se connaît pas tous…
- Il s’appelle Jean-Pierre Carasso.
- HEIN ? ? ? JEAN-PIERRE CARASSO ? ? ? NON, c’est pas possible, LE Jean-Pierre Carasso qui traduit Howard Buten ? ? ?

Eh ben oui, c’était lui.
Incroyable. Mon idole, mon maître.
Le fils de Firmin nous a organisé une rencontre. J’étais pétrifiée, et eux deux tout gentils. Mais ça, c’est une autre histoire.

Puis j’ai eu mon premier enfant, Albert. J’ai déménagé.
Quelque temps après, le fils de monsieur Mattei m’a appelée pour me dire que Firmin était mort.

Albert vient d’avoir quinze ans.
Et je range toujours le café dans la boîte.
Un peu rouillée, toute cabossée.

Mais là j’en ai trouvé une autre sur un vide-grenier. Une boîte en fer-blanc ancienne, genre gamelle de chantier ou de soldat. Même pas cabossée.

La boîte Fauchon de monsieur Mattei, je l’ai laissée en sursis dans la poubelle des recyclables plastique/métal/carton pendant plusieurs jours.
Histoire de m’habituer à l’idée.
Une fois, je l'ai ressortie. Avant de la remettre avec le reste des emballages, bon allez ça va maintenant, tu te la joues sentimentale ou quoi.

Et puis hier, ça débordait, je suis allée tout vider dans les conteneurs.

Et le soir, c'était dans mon cœur que ça débordait.
Monsieur Mattei, je vous aime.

Ce que je peux être con, des fois.

20 septembre 2005

Parce que c'est ça aussi, les blogs

J’étais là en train de casser des noix pour la salade quand soudain, je me suis rappelé le petit e-mail reçu l’autre jour.

J’étais là en train de me rappeler le petit e-mail de l’autre jour quand soudain, je me suis exclamé intérieurement que j’avais oublié de vous en parler.

J’étais là en train de me demander comment j’allais vous présenter la chose quand soudain, aucune idée sur la question ne m’est venue à l’esprit.

J’étais là, quand soudain, hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, nous sommes le 20 septembre !
Il reste dix jours.
Alors maintenant je ne suis plus là mais ici, devant l’ordinateur.

Tout simplement pour vous dire qu’il a raison.
Emery.
Dans son e-mail :

" Nous sommes dans la dernière ligne droite... mais il ne faut pas mollir !
Votez et faites voter autour de vous pour la Galerie de Grimaces !... "

Parce que c’est peut-être bête, je sais, mais moi je suis pour ce genre d’initiatives, pour les petites gouttes d’eau qui font les grandes rivières, pour les grimaces en général et les enfants en particulier et pour les noix dans la salade.

Pour voter par SMS ( 0.50 € par envoi + le prix d'un sms), envoyez "My kake +numéro de la photo" au 71002 (Par exemple vous aimez la photo n°5 vous devez taper : "my kake 5"... respectez les espaces, 1 SMS par photo...).

Ainsi, vous voterez pour la photo que vous préférez.. mais ce n'est pas tout, par la même occasion vous allez faire un beau geste...

Affiche_10_ans_nezrougeL'intégralité des sommes perçues par ce système sera reversée à la Fédération des maladies orphelines (...faire des pieds nez aux maladies orphelines...) qui fête ses dix ans cette année.

Bon, évidemment, c'est plus simple d'envoyer directement des dons mais c'est moins rigolo, et puis rien ne vous empêche de le faire aussi.